L’esclavage des migrants noirs en Libye : le rôle de l’Islam

Le fait marquant de l’actualité africaine de ces derniers jours est sans aucun doute la vente aux enchères de nos frères noirs en Libye. Un fait dégoûtant et révoltant qui, comme tout autre fait du même genre, engendre une série d’incompréhensions, de questions et surtout d’amalgames comme en atteste le message que j’ai reçu en inbox par un ami et frère dont une capture est jointe ci-dessous.

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Message reçu sur Messenger

Cet acte ignoble ayant été commis par des Libyens, un pays majoritairement musulman, nous nous demandons alors qu’elle a pu être le rôle de l’Islam dans ces faits. Mais avant, il est important de s’intéresser à l’histoire de l’esclavage. En effet, la réduction en esclavage est une pratique très ancienne qui remonte à plus de 200 ans avant Jésus-Christ (photo 2). Il s’agissait d’une pratique très ancrée dans les mœurs et qui ne se limitait pas seulement au peuple noir. L’histoire de Joseph (Youssouf) (que Dieu soit satisfait de lui) enseigné dans la Bible tout comme dans le Coran révèle que ce dernier fut vendu en esclaves par ses frères jaloux (Bible – Genèse chap. 37 / 39 et Coran 12 – 20). Joseph n’était pas un noir et cette histoire a eu lieu des siècles avant l’arrivée de l’Islam. Prétendre donc qu’une religion en particulier l’Islam est à l’origine de l’esclavage c’est faire preuve d’ignorance. L’abolition de l’esclavage en Islam s’est faite comme celle de l’interdiction de l’alcool : progressivement, étape par étape car comme nous l’avons dit cette pratique était ancrée dans les mœurs.

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Je conclus cette partie avec cette citation du prophète de l’Islam (Que la Paix de Dieu soit sur lui) :

« O les hommes ! Celui que vous adorez est un, et votre père est un. Pas de supériorité à un Arabe sur un non-Arabe, ni à un non-Arabe sur un Arabe, ni à un blanc sur un noir, ni à un noir sur un blanc. La seule supériorité qui compte [auprès de Dieu] est celle de la piété. Ai-je transmis le message ? »

[Hadith rapporté par Ahmad, n° 22 978, authentifié par al-Arna’ût : bas de page sur Zâd al-ma’âd, 5/158]

Faut-il détester tous les Libyens voir tous les Arabes ?

C’est aussi l’occasion de rappeler qu’il est important de ne pas faire de généralisation, d’être rationnels et donc moins émotifs. Les actes ignobles de certains individus ne doivent pas être généralisés à toute une communauté car tout comme il existe des esclavagistes libyens, il existe aussi des Libyens qui combattent leurs frères pour libérer ces Africains. C’est l’exemple de cet universitaire qu’on voit dans le reportage de France 2 en suivant ce lien. Si nous devons faire une généralisation en se basant sur les actes de quelques individus, alors ne soyons pas surpris que certains considèrent tous les noirs comme des voleurs, des brouteurs. Ces faits n’ont rien à voir avec la religion d’une personne ou encore sa race. Faisons donc attention ! J’ai personnellement vécu 5 années en Algérie où j’ai obtenu mon premier diplôme universitaire. Durant mon séjour, j’ai connu de vrais cons et de vrais racistes mais j’ai aussi connu des personnes formidables, des familles qui m’ont accueilli comme leur enfant, comme un membre de leur famille.

Et la part de responsabilité des Africains ?

C’est bien de tout le temps accuser les autres mais avons-nous pris le temps de se demander quelle peut être la responsabilité des noirs africains eux-mêmes ? On crie au scandale alors qu’une autre forme d’esclavage existe bien entre noirs. Il s’agit de cette affaire de castes où certains africains se considèrent socialement plus élevé que d’autres simplement en se basant sur le nom de famille. On voit ainsi des gens qui se considèrent nobles où Horon refusés par exemple le mariage avec d’autres qu’ils considèrent inférieurs (Djeli, nounou etc). Ces pratiques existent encore de nos jours au Mali, Sénégal, en Côte d’Ivoire et j’en passe. C’est un peu contradictoire d’exiger des autres qu’on vous considère tous sur le même pied d’égalité et pendant ce temps, entre vous, certains se considèrent supérieurs à d’autres parce qu’ils auraient un nom de famille « nobles ». En voyant ça déjà, je ne serai pas surpris d’apprendre que ce sont les noirs eux-mêmes qui ont été les premiers à vendre leurs propres frères et les autres ont suivi. Les premiers responsables de ce problème sont de ce fait les Africains nous-mêmes. C’est nous parce que nous ne faisons pas ce qu’il faut pour créer de l’emploi durable et donc empêcher l’immigration clandestine. C’est aussi nous, parce que nous nous basons sur des futilités comme des castes pour créer des divisions entre nous, laissant une bonne brèche aux loups pour bien frapper.

Et quelles solutions ?

C’est bien de parler, de critiquer, de condamner mais c’est encore mieux si on proposait une solution après. Nos frères se voient contraints de quitter leur pays car ils rêvent d’un lendemain meilleur. Personne ne quittera chez lui s’il a de quoi y vivre aisément. Les personnes qui effectuent ce genre de voyage ont pour la plupart une importante somme d’argent sur elle pour financer leur voyage, un montant qui pourrait attendre les millions. La question est de savoir ce qu’ils pourraient faire avec ces millions en étant chez lui et qui lui permettrait de vivre aisément. Une des solutions est l’élevage. En tant que docteur vétérinaire, les gens m’ont à maintes fois demandé le montant minimum qu’il fallait pour investir en élevage. Je prends l’exemple de l’élevage de poulets de chair. Une personne souhaitant débuter son activité avec 1.000 poulets de chair en construisant lui-même son bâtiment (il est possible de louer des bâtiments à Abidjan) aura besoin d’environ 3.295.260 FCFA (Immobilisation et Frais de fonctionnement). S’il gère bien son activité en respectant toutes les normes techniques, ce dernier pourra avoir environ 395 490 FCFA comme bénéfice par bande (une bande correspond à 45 jours maxi). Dans l’année, ses bénéfices peuvent atteindre 2.372.940 FCFA. Toutefois, il faut admettre que bien qu’ayant la volonté et les moyens d’y investir, certains sont confrontés à un manque de connaissances techniques qui peut être un frein à leur activité. Pour pallier à cela, des confrères vétérinaires et moi avions décidé de mettre en place un document dans un langage simple et accessible à tous qui revient sur l’ensemble des points techniques indispensables pour la réussite de son élevage en zone tropicale. Le document est en cours de rédaction et sera disponible courant 2018. Les personnes intéressées peuvent avoir plus d’informations sur notre page Facebook créée à cet effet.

Lamoussa DIABATE (#DrLamouss)

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